wild• ⌈Ragnar⌋
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La charité
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Ach. 1 : La charité
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Mar 24 Oct 2017 - 21:10




WILD
FT - RAGNAR

Elle n'avait ni les jambes croisées ni entouré ses genoux de ses bras. Elle était simplement assise, immobile, le regard fixé au loin, scrutant toujours ce qui se passait de l'autre côté de la fenêtre. Ses yeux suivaient le pas de la cadence des flocons de neige qui dévalaient d'un mouvement amolli depuis le ciel grisâtre,  venant s'entasser les uns sur les autres et s'affaler au sol formant une vulgaire couche blanche à l'allure d'un manteau épais, exaltant la brise glacée de l'hiver. Le froid avait figé son corps et glacé son temps. Il neigeait. Elle ne convoitise rien Lacie, juste admirer ce paysage durant des heures entières jusqu'à ce que la fraîcheur vienne la ronger jusqu'aux os. Sa peau terne venant comme à rougir se mit à virer au rouge. Et le vent, fier comme un voleur lui ôta le peu de vivacité qui résidait encore à l'instant dans ce petit corps frêle, bercé d'une chaleur oubliée qui ne devint plus que douleur. L'air frais ne la mortifiait pourtant pas, non, pour sûr qu'elle s'était délibérément laissée s'en faire envahir, sans inquiétude, sans timidité, la rendant alors frileuse, mais pas encore malade. Les secondes, les minutes, les heures se consumaient et l'impression que le temps la trompait n'est guère frivole, comme si l'instant s'étouffait, misérablement, peinant à avancer contre son gré, prisonnier de sa destiné, sans avoir le droit de fléchir ni de faillir.

Le cri d'un temps condamné qui souffre, le ressenti soudain du vécu qui s'entremêlaient avec ses pensées, la voilà qui s’interrogeait sans se heurter, toutefois, à ce qu'elle croyait déjà savoir. Elle préférait alors s’enquérir auprès d'ailleurs en pensant à lui, et admirant par moment ce même tableau enneigé qu'elle n'avait toujours pas lâché des yeux. Elle n'y pouvait rien Lacie, aussi byzantin soit-il que son temps se meurt, celle qui ne sait rien ne peut agir, et ne réalisera t'elle sans doute jamais qu'elle avait déjà compris sans le vouloir, sans le savoir, sans ni même comprendre. C'est sans importance. Et de cette ignorance naît l'importance désintéressée, abritant comme un trésor hors de sa portée, parce que le cœur est malhonnête avec lui-même plus qu'il ne s'apparente, preuve que l'inconnu dissimulait parfois du beau. Dans ses yeux on y voyait le reflet d'un enfant qui jouit parce qu'il découvre. La bouche grande ouverte, le regard émerveillé, un mot exprimant son émerveillement lui glissa sous la langue, décampant depuis ses lèvres glacées.

Et là, un visage lui vint à l'esprit,
perforant la brume qui s'étendait à perte vue dans son âme

Une buée s'y colla à la vitre,
son doigt caressa les traits d'un portait,
elle traça doucement, lentement,
la douce chimère que son cœur lui montrait


Ça arrivera. Un fait ayant une chance d'arriver y arrivera, aussi improbable qu'il soit, c'était plus qu'une évidence; c'était une certitude. Là-bas au loin on y voyait d'or et déjà la silhouette de la jeune louve insouciante qui dansait à cœur de véhiculer la joie, les pieds trempés dans la neige brûlante qui mordait à vif sa chair. Ses émotions muettes hurlaient à foison pour éteindre l'ardeur, dans chacun de ses gestes se déversaient leurs ampleurs, le corps obéissant au cœur. Tantôt sa joie se noyait parfois dans ses mouvements, la louve imite là un criquet heureux qui sautille sur place, se disposant déjà à recharger un bond encore plus surfait que le précédent. Elle était très heureuse, trop heureuse et dans l’inconsommable joie qui la ravivait le pourquoi ne se posait plus, il n'y avait pas de place pour le doute, que de vérité, ladite place y étant déjà occupée par le truisme. Et pour l'heure, elle avait déjà quitté le refuge, ce petit entrepôt en ce lieu sacré où elle y avait passé la nuit, pour se projeter enfin, dans la toile blanche qui l’enivrait depuis l'aube. Les épaules de la rouquine tressautèrent quand l'air frileux vint lui frôler la joue, en plus du souffle matinal qui s'harmonisait et formait la paire avec l'hiver, la température, bien plus coriace qu'elle n'osait y croire persistait à lui glacer l'échine. Mais la gamine ne se laissa pas intimider. À gigoter et s'épuiser aveuglement depuis trente minutes, elle gagnait en ardeur, bien qu'elle ne soit vêtue que de quelques bouts de tissu léger qui fauta à envelopper sa chaleur corporelle et qu'elle ne chaussait que des vulgaires chaussures souillées, la louve était répondante au froid qui menaçait de l'avaler. Ses orteils se comprimaient dans ses bottes, son esprit traversé par une clarté, elle sembla réaliser futilement, - mais heureusement bien avant qu'elles ne deviennent des bâtonnets glacés - que ses phalanges surtout commencèrent à se faire empiéter par la rigidité à faible dose, à force d'être enfoncées deux, trois, quatre fois de suite dans la neige.

Et pourtant elle ne bougeait pas Lacie, la douleur aura beau la tilter, l'obligeant plus qu'elle ne lui suggèrait de déguerpir elle ne bougera pas. La petite rousse se savait infatigable à souhait, parfois même jusqu'à aller enfreindre la paix avec elle-même et c'était peu dire, pourtant là, elle ne demandait qu'à ce que l'hiver lui partage un peu de son temps. L'animal s'accroupit devant le tas de neige à ses pieds et à l'aide de ses petites mains maigrelettes elle construit une petite boule de neige, puis une seconde moins volumineuse que la première. Elle superposa la plus petite boule sur la plus grosse et avec les pierres et les petits bâtons qu'elle avait sous la main, elle compléta son bonhomme de neige. « Plue ! » Ce n'est qu'un prénom, un prénom parmi mille autres qui est devenu le sien car Lacie l'avait décidé. « Tu viens avec moi. » Plue ne dit pas non. Plue ne sait pas dire non. La gamine fit ensuite courir le bâton qu'elle tenait en main dans le sol blanc et dessina six lettres distincts. Elle fait ce qu'elle pouvait, l'analphabète, pour écrire de son mieux ! Hélas ses efforts n'étaient pas fort payés, rien qu'à observer ses R qui manquaient de ressembler à deux branches d'arbre entremêler entre elles pour former un tout.

Ϝ A G ᚢ A Ϝ

« Je veux revoir Ragnar ! » La germe enclot par deux syllabes, le son enclavé sur lui-même qui suffoque, son dynamisme fendit le silence. Et pourtant, il y avait presque un sentiment de regret qui l'abritait, le sentiment de ne pas l'avoir hurlé assez fort au point de réveiller le monde et déranger les morts.

L'impatience est une source qui a soif et sa course en débite, ses pas dictés par l'élan lui firent faire courir à toute allure en direction du cabanon où y résidait Ragnar. Dans la neige, elle rependait des petites traces qui dessinaient un chemin sans retour. À bas son âme qui se livrait aux passes-temps vains. Tout comme une image parlait d'elle-même, et d'autant plus qu'elle n'hésitait pas à s'afficher, son attitude pataugeait entre la joie et l'agitation à l'idée de le revoir. Pas seulement pour montrer Plue qu'elle venait de construire, parce qu'il y avait ça et aussi cette chose, là, fichue dans sa poche qu'elle tenait à lui donner à tout prix. -il y a parfois, très rarement, presque jamais, de la sincérité à fuir et elle n'y était pas encore. Son désir de le revoir était déjà une raison. - Éprise de tant de confiance, la voilà muette comme un francolin prit parce qu'elle savait la vérité, que ses petites attentions n'étaient qu'un leurre pour laisser moins paraître ses sentiments plus sincères. Elle osait l'approcher pour ce qu'il est, parce qu'il représente pour elle ce dont il ne le s a i t pas. Lacie fit claquer ses dents, bouffi avec vigueur un souffle blanc. Elle souriait tel un enfant qui, sous couvert d’innocence, préparait une surprise. L'air se froissa quand t-il l'entendit éternuer deux fois consécutivement, elle s'était courbée, puis sa tête venait à s'entrechoquer accidentellement contre celle du bonhomme de neige. Elle avait oublié qu'elle tenait la chose entre ses deux mains, tellement le froid -trop- meurtri s'était dépêché à lui geler les mains, au point qu'elle n'était plus capable de les ressentir. Lentement, mais sûrement, la tête de Plue commençait à se détacher de son corps, puis finie par tomber au sol, roulant sur elle-même et toucha terre au pied d'un mur. Quant à la sauvageonne, son cerveau fut bien plus long à détendre, sans surprise, Lacie était essoufflée; mais sous la capuche de sa cape rapiécée elle avait les joues rouges et le regard brillant d'excitation; comme chaque fois lorsqu'elle est arrivée ici, devant chez lui. Son sang de louve avait dû s'échauffer pendant la course, et sur le coup, elle n'avait pas saisi que la partie la plus importante de l'homme-neige avait décollé. Elle porta son bras gauche à son nez pour essuyer la morve qui dégoulinait depuis ses voies nasales lorsqu'elle était prise d'éternuement. Puis, un petit cri surpris pourfend l'air lorsqu'elle réalisa sa 'disparition' et ses yeux cherchaient d'or et déjà la boule perdue. Quand elle la vit, elle se précipita pour la récupérer et la remettre à sa place.

Elle pensait se faire discrète la louve suite à son boucan. Ses mains venaient se déposer sur le bord de la fenêtre du petit cabanon, elle tentait tant qu'elle le peut à dissimuler sa présence or ses deux petites oreilles ornés de blanc dépassaient déjà un peu. Elle zieutait à l'intérieur, cherchant à percevoir l'éventuelle présence du blond, mais il n'y était pas. « ...Où est-il ? » Elle se faisait entendre suffisamment pour être polie mais pas assez pour se faire remarquer. Elle déposa ensuite Plue au bord de la fenêtre pour le conserver au froid avant de s'approcher de la porte d'entrée. D'habitude elle ne se gênerait pas de passer par cette ouverture; quelles sont les bonnes manières après tout, elle n'avait jamais reçu d'éducation pour se comporter comme une bonne demoiselle. Lacie n'était pas quelqu'un de civilisé, elle n'est rien de plus qu'une sauvage qui vivait dans la forêt. Elle se doutait juste qu'avec un tel temps, il était impossible qu'une fenêtre soit ouverte. Alors oui, elle ne s'était pas gênée pour pénétrer à l'intérieur de la demeure sans avoir toqué à la porte.  « Ragnar ? » Son intonation se fit encore plus forte au fur et à mesure qu'elle s'avançait « Tu es là ? Je suis venue te chercher ! » et son regard ne sait plus où se poser. Sa queue se balançait de gauche à droite, tant elle s'impatientait de le voir.

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