La chasse est ouverte - feat. Niel Legisa
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18/12/2016
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Date d'inscription : 18/12/2016

Dim 19 Nov - 16:25


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Niel Legisa
« La chasse est ouverte »
Do you want to scream tonight ?
Etrange, étrange, étrange île qu’est celle qui flotte dans les airs. Au milieu de rien, elle est suspendue à un fil invisible. Un simple fil que je vais me faire un grand plaisir de couper dès que j’en ai l’occasion. Voilà quelques mois que je me suis invité en ces lieux qui seront, j’en suis persuadé, la première étape dans ma conquête des deux mondes. La vie sur ce rocher volant est... d’une facilité déconcertante. Pas de bêtes furieuses qui n’attendent qu’une occasion pour nous faucher les jambes, pas d’êtres humanoïdes si proches de la pourriture qui les dévore qu’ils en deviennent plus retors quand les bêtes... Même le climat d’ici est bien plus doux et stable que celui d’en-bas. Un ennui... Tout est si facile que c’en devient ennuyeux. J’aime ne rencontrer que peu de résistance en face de moi, mais cela n’empêche que... tout est bien trop facile. Je peux bien me rendre sur la Grand place de cette ville et commencer un massacre en hurlant à tous mon origine terrienne, personne n’osera même m’en empêcher.

Cela rend cette perspective... presque inintéressante.

Presque.

Mais je ne suis pas du genre à me salir les mains sans la moindre raison. Non, j’ai du personnel pour s’occuper des basses tâches. Même si je me demande si je peux trouver parmi ces faibles insectes un être suffisamment atteint pour ne plus posséder de barrières de moralité. Difficile à dire... je suppose qu’au pire, je peux toujours recruter mes hommes de mains parmi les autres de ma race montés également. Vu qu’ils sont aussi discrets qu’une mare de sang dans une garderie.

Diling, diling.  

Encore cette foutue clochette de malheur ? Est-ce que tout Ariesten s’est donné rendez-vous dans la boutique du vieux justement aujourd’hui ? Le seul jour où je prends la peine de me déplacer en personne ? Je ne me souviens pas avoir particulièrement ensorcelé les clients cette semaine... Je sais qu’il m’arrive régulièrement d’ordonner à ces suiveurs de revenir deux, trois, quatre fois sur la semaine mais... pas cette fois-ci. Derrière mon comptoir, en équilibre précaire sur ma chaise, je dévisage les insectes qui ont osé troubler le fil de mes pensées. Ne savent-ils pas que je compte fermer boutique dans moins de dix minutes ? Et le vieux qui est dans l’arrière-boutique à faire je ne sais quoi... Deux personnes de plus dans cette journée interminable à mon poste. Journée qui n’a commencé qu’après midi mais tout de même. Je les vois étonné, je les vois même jeter des coups d’œil tellement peu discret sur mon visage. Coups d’œil que je soutiens à chaque fois, y ajoutant un doux sourire carnassier à glacer le sang. Maintenant que j’y pense, ça fait depuis que le vieux a modifié un peu la déco’ qu’on a une pléthore de clients qui se bousculent ici. Et quelle déco... je ne peux pas dire que je regrette l’ancienne mais... presque. Tellement elle est d’un grotesque que je ne comprends pas. Ce vieux fou s’est mis en tête d’ajouter un peu partout pleins de petits objets en plastique. Des citrouilles avec des visages, des drap-fantômes -d’après ce que j’ai compris-, des représentations de vieilles dames volant sur des balais et accompagnés de chats noirs, des fausses toiles d’araignées et j’en passe. Il a même réécrit le nom de la boutique sur la vitrine avec une espèce de colorant rouge. Je suppose que c’est censé être du sang... ? Enfin, du faux sang. Le tout essayant vainement de s’harmoniser dans des tons orange et noir. Incompréhensible.

« M’sieur ! Des bonbons ou un sort ? »

... Qu’est-ce qu’il me veut la demi portion ? De l’autre côté de mon comptoir, une petite tête blonde dépasse à peine. A ses côtés, ce que j’identifie directement comme étant sa mère. Ou n’importe quel adulte en fait, je m’en fous complètement. Qu’est-ce que c’est que cette phrase... ? ‘Des bonbons ou un sort ?’. Est-ce que ça a un rapport avec sa tenue bizarroïde, même pour les standards ignobles de ce caillou flottant ? Des vêtements déchirés, une espèce de maquillage verdâtre et des fausses plaies absolument pas crédible en plastique... ça y est, j’en ai la confirmation, les habitants de l’Île sont complètement débiles. Sans un mot, sans même bouger de ma chaise, je ne fais que l’observer longuement, tout en essayant de comprendre ses paroles. Une menace ? Il veut que je lui donne des bonbons ou il me lancera un sort puissant ? C’est de ça dont il s’agit... ? Je ne m’attendais pas à une attaque aussi pathétique de la part des habitants... Qu’est-ce que c’est cette organisation ? Un gamin et sa mère, contre le plus puissant Roi de tous les temps ? Soit c’est une diversion, soit leur armée est composée de soldats venus directement de ce qu’ils appellent l’école primaire.

Et je doute qu’ils soient formés comme l’on forme nos propres enfants...

Un large sourire découpe ma face blanchâtre alors que lentement, je reprends un certain équilibre. Dans la foulée, je me lève et, fermant mon œil droit pour mieux le scruter sous un autre spectre, je me penche par-dessus le comptoir pour mieux le scruter. A son léger mouvement de recul, aux battements de son cœur qui s’accélèrent et à la vague de chaleur de je vois perler dans tout son corps, je devine sans mal qu’un début de peur s’installe chez lui. Quel âge a-t-il... ? Neuf ans ? Dix ans ? A son âge j’avais déjà les mains couvertes de sang et commençait à faire évoluer mes techniques de tortures pour influencer plus le psychisme de ceux que j’appelle « ma famille ».

Grotesque. Tellement grotesque.

« Et pourquoi ferai-je ça ? »

Je dois être d’humeur particulièrement magnanime pour ne pas seulement lui hurler de sortir d’ici. Peut-être une légère pointe de curiosité aussi. Si cet espèce de déguisement était en lien avec la décoration du vieux ? Si je veux régner sur cette bande d’imbéciles, je me dois d’en savoir un maximum sur eux. Alors qu’un moment de silence angoissant flotte entre nous, le vieux refait son apparition, sortant de l’arrière-boutique où il était y faire je ne sais quoi. Sans gêne, il s’invite dans la conversation. Combien de fois devrai-je lui hurler de s’occuper de ses affaires... ?

« Enfin, Mel’, c’est Halloween ! »

Directement à l’entente de ce surnom, je me crispe et me retourne pour faire face à ce vieillard complètement inconscient. Je le toise, le dévisage, mais il garde toujours son air de stupidité et de foutu bonté. Il sourit, joyeux. Il est toujours trop joyeux. Et ça m’énerve. Froidement, je lui répète ce qu’il est censé savoir depuis des mois.

« Me-hel. »

Mais il est déjà passé à autre chose, dépassant le comptoir avec un petit sachet de bonbons dans les mains. Il s’approche de l’enfant étrangement vêtu et le lui donne. Qu’est-ce que... On est bien dans une boutique non... ? Alors pourquoi il leur donne sa marchandise -et donc mon stock personnel- sans même leur faire payer ? C’est... incompréhensible. Incompréhensible et je n’aime pas que les informations m’échappent, même les plus stupides et irrationnelles. Le minuscule-zombie retrouve les couleurs qu’il avait perdu et s’adresse une dernière fois à moi avant de s’échapper vers la sortie en riant.

« Merci ! Il est trop bien fait votre costume, m’sieur ! Vous faites trop peur !»

Alors là... Je ne comprends plus rien. Un...costume ? Halloween ? ‘Des bonbons ou un sort ?’ Est-ce que cette île a sombré dans la folie la nuit dernière ou... Définitivement, je ne comprends rien. Mais plus que m’énerver... ça m’intrigue. Etrange, étrange journée. Etrange semaine même. Peut-être que tout n’est pas si ennuyant que ça par ici ?

« Tu as l’air perplexe, Mehel, ça va ? »

Ah... on peut le dire oui. Je suis... perplexe. A tel point que je ne sais plus trop quoi penser de ce qui vient de se passer. Peut-être... Peut-être que le vieux pourra me filer des info ? De toute manière, il n’a guère le choix.

« Qu’est-ce qu’il vient de se passer... ? Pourquoi t’as filé ta marchandise sans rien demander en échange ? »

A son tour d’être perplexe on dirait. Lui qui était en train de ranger je ne sais quelle jarre remplie de faux yeux en gélatine se stoppe net. Tch. Je pense que c’est une question légitime, alors pas la peine de me sortir ton air de benêt qui ne pige rien. Il dépose sa jarre sur l’un des étagères prête à craquer sous le poids et s’empare de deux de ces étranges citrouilles en plastique. Il les dépose sur le comptoir et... oh, ce sont des espèces de sac en fait. L’intérieur est complètement creux. Il prend ensuite la parole.

« C’est Halloween » commence-t-il comme si tout était évident juste dans ces trois pauvres mots. « Halloween est une fête où tout le monde cherche à se faire peur. On se déguise en monstre et on frappe chez les gens pour demander des bonbons. Si le déguisement fait assez peur, on en reçoit. »

Une fête... pour se faire peur ? Parce que toute cette décoration ridicule est censée faire peur ? ça n’a pas tellement de sens, mais en même temps, ces insectes ridicules n’ont pas énormément de logique. Ça ne m’étonne qu’à moitié au final. En vivant sur ce caillou et sous la protection de leur pseudo-dieu, loin, très loin du danger, ils ne savent pas ce que c’est la vraie terreur. D’où la création de cette prétendue fête. Donc... Aujourd’hui... on a le droit d’entrer chez les gens et de réclamer des bonbons... ? ça explique aussi pourquoi autant de gens sont venu en acheter.

« J’ai une idée ! » Ne va-t-il donc jamais s’arrêter de parler ? « Pourquoi tu ne prendrais pas ces sacs pour aller à la chasse aux bonbons avec ton ami ? Tu sais, là... le petit blond de l’autre jour ! Je pense que tu te rendras mieux compte de l’ambiance comme ça ! »

Il est sérieux là ? Je suis un Roi, et un roi n’a pas besoin de s’encombrer de choses inutiles comme l’amitié. Je laisse volontiers ça aux faibles d’esprits. Sur Terre, un ami n’est qu’un être qui ne vous a pas encore trahis dans le meilleur des cas. Pour le reste... c’est juste un ennemi qu’on veut garder proche de soi pour être certain qu’il ne fera rien de stupide. Je croise les bras, et fait claquer ma réponse, franche et directe.

« Niel n’est pas mon ami, c’est mon serviteur. »

Cependant... Je suis assez intrigué pour réfléchir quelques instants à sa proposition. C’est une occasion en or d’en apprendre plus sur les coutumes farfelues de cet endroit... Sans compter qu’il est permis de s’inviter chez tout le monde ce soir ! Quelle meilleure couverture que de se fondre parmi la horde pseudo-monstre ? Le moment parfait pour récolter diverses informations... et s’amuser un peu. S’ils veulent avoir peur... alors ils vont avoir peur. C’est un peu comme un défi qu’ils me lancent, même si je n’aurai aucune concurrence. Je m’empare des deux sacs grotesques, la perspective d’obtenir des sucreries pour faire ce que je fais de mieux m’a convaincu.

******

Pourquoi faut-il que ce déchet d’humain habite si loin du Centreville ? Et pourquoi faut-il que ce soit moi qui me déplace encore une fois en personne pour obtenir ce que je désire ? J’aurai pu aller seul à cette chasse aux bonbons, c’est vrai. Je n’ai besoin de personne pour effrayer les pauvres hères, mais je préfère être prudent... On ne sait jamais si d’autres terriens n’ont pas eu la même idée que moi. Avoir un bouclier est toujours mieux que d’en avoir aucun, en toute circonstance. Même si ce foutu bouclier est si horripilant que j’ai déjà envie de lui écraser mon coude dans les côtes. Je le vois déjà d’ici avec son sourire de benêt et niais... Impossible qu’il fasse peur à qui que ce soit, mais de ce côté-là, je sais que je suis assez ‘effrayant’ pour nous deux. Effrayant, sans même faire le moindre effort, c’est le lot de la pourriture des terriens. Amusant et dérangeant à la fois. Sa demeure est peut-être spacieuse et même plus spacieuse que la moyenne des habitants de l’île, elle n’en reste pas moins ridicule comparé à mon manoir sur Terre. Enfin, celui de mon géniteur, mais vu qu’il n’y fout jamais les pieds et que j’y ai pris le pouvoir il y a des années, c’est le mien... Et même si quelques incidents... explosifs... l’on endommagé, il est et restera toujours plus imposant que cette cabane qu’ils osent appeler ‘maison’. C’est grand honneur que je leur fais en venant ici, j’espère qu’ils le mesurent bien.

A la porte d’entrée, pas question de perdre plus de temps, je frappe une première fois. Fort, très fort. Ensuite, directement, je tourne la poignée et m’introduis chez mon serviteur. Pas question de commencer à le chercher, c’est lui qui doit faire le reste du chemin. Alors j’hausse le ton, assez fort pour être entendu dans la majorité des pièces et des ailes.

« Niel ! Niel, ramène-toi ! C’est Halloween, on part à la chasse ! »

Et je ne tolèrerai aucun refus de sa part.
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