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On ne tente pas, on fait du camping ! [Pv Drassyr]
Invité
Jeu 11 Fév - 22:37
La place à cette heure tardive était pleine de monde, des gens heureux aux terrasses des cafés, des restaurants, de gens qui riaient, qui discutaient sérieusement, qui se disputaient, qui se déchiraient, qui perdaient là leurs amours, qui trouvaient leur premier baiser, décrochaient un contrat fabuleux, décompressaient après une journée de merde dans des bureaux déprimants ; la vie, quoi. Dire que lui-même ne finissant jamais avant minuit de travailler à la radio n'avait connu que très peu de temps ces moments bénis de la vie quotidienne des personnes qu'il s'employait à longueur de journée à distraire, même quand ça n'allait pas et qu'il fallait être drôle, même quand ça allait trop bien et qu'il fallait faire semblant d'être peiné par quelque chose, par pure convenance. Il aurait pu profiter et faire comme tout le monde pendant ce congé maladie un peu forcé, mais il n'en trouvait ni la force, ni l'envie et encore moins le motif. A quoi bon se mêler à des gens ordinaires avec des problèmes ordinaires qui le jugeraient comme une personne ordinaire avec des problèmes ordinaires ? Bon, d'accord, il était de mauvaise foi : personne ne ferait attention à lui. C'était à la fois pour son plus grand plaisir et pour alimenter son envie folle de hurler jusqu'à ce que sa trachée lui donne l'impression de se refemer à jamais. Quelqu'un lui aurait demandé à l'instant si ça allait, il était à tel point au bord de l'explosion qu'il pensait sincèrement qu'il serait capable de se transformer en ours et de le gober pour se passer les nerfs. Mais il ne devait pas, il était bien trop dangereux pour devenir un dérivé. Il avait toujours eu la tête sur les épaules, c'était bien pour ça qu'il s'était retenu de lui faire payer, à cette fichue garce, et c'était aussi bien pour ça, à cause de cette putain de tête sur ces putains d'épaules qu'il se retrouvait à doublement payer le prix pour le simple bon vouloir de madame qui ne savait pas prendre le peu de courage qu'elle avait à deux mains et se foutre en l'air toute seule sans pourir la vie de personne ? Et dire qu'il l'avait pensée forte parce qu'elle avait refusé de devenir une cyborg, à ce jour il se rendait bien compte qu'il avait eu faux sur toute la ligne et que si elle n'avait pas voulu de modification sur son corps c'était bien plus par peur que ça ne fonctionne pas que par réelle envie de conserver une certaine dignité.

Mais tout ça, c'était en grande partie de sa faute, et il le savait. Tant qu'il avait été un débutant, qu'il se cherchait un peu sur les ondes et qu'il n'avait pas encore l'assurance globale qu'il avait à ce jour, elle se sentait son égale et peut-être même supérieur à lui. Et puis plus le temps avait passé, plus il avait été à l'aise, peut-être différent avec elle, plus franc, plus taquin, plus amoureux, aussi. Et plus responsable. Ne jamais choisir dans votre vie une personne qui a peur des changements, c'est le meilleur moyen de vous faire lyncher dès que vous changerez quelque chose, quelle qu'elle soit. Elle n'avait plus le rôle de la douche et gentille petite femme qui l'encourageait en dehors de son travail et qui s'occupait sagement de ce qu'il fallait, plus besoin puisqu'il avait sans trop s'en rendre compte inversé les rôles, ne pouvant se résoudre à rester dans un schéma puéril et plein de clichés qui lui donnaient envie de gerber. Il n'avait plus besoin d'elle pour vivre, elle pouvait sombrer dans la dépression. Ce qu'il ne pouvait cependant pas s'expliquer, c'était comment une femme comme elle avait pu être capable de tuer son propre enfant, comme si elle ne l'avait quelque part jamais aimée... Et dire que c'était lui, l'ours, c'était lui qui n'aurait pas dû pouvoir supporter les enfants. A croire que toute la misère du monde pouvait peser sur ses épaules qu'il s'en excuserait encore.

Il arriva au pied de l'horloge en ruine et se dirigea vers un chemin bien connu. Il avait besoin d'évacuer, il fallait qu'il aille voir Drassyr et qu'il lui vrille le cerveau avec quelques conneries, qu'il oublie. Oui, juste qu'il oublie tout. Il avait marché vite, un peu trop, peut-être, et les escaliers achevèrent de l'essouffler. Entre ses poumons de fumeur et sa douleur abdominale quasi-constante, il venait décidément d'avoir l'idée du siècle. Mais c'était ça ou devenir fou, et puis depuis l'incident il n'avait pas vu Drassyr. Il ne savait même pas s'il était véritablement au courant de ce qu'il s'était passé, ses sœurs n'auraient pas pensé à le prévenir et mis à part R.A.S, personne n'avait relayé l'altercation dans la presse. A vrai dire, sa famille et celle de Shaya avait préféré limiter la casse, pour l'un et pour l'autre. Sur le palier, il resta un moment, le bras appuyé contre le montant de la porte, l'autre main appuyée sur ses jambes fléchies au maximum, le souffle court. Bordel, il n'allait pas tomber dans les pommes là, à l'instant ? Il sentait son visage comme vidé de son sang, il devait être pâle comme un mort et oui, bordel, il allait tomber dans les pommes dans la minute s'il ne faisait pas quelque chose. Trois jours qu'il était dehors et il oubliait déjà qu'il s'était littéralement vidé de la moitié de son sang.

Avec un grognement, il se redressa sur ses jambes et frappa à la porte qu'il poussa de toute façon et entra sans ménagement. Il n'allait pas faire de chichis avec Drassyr, c'était pas vraiment le genre de la maison. Il visa une chaise et s'y dirigea sans plus attendre, ses pieds frolant le sol avec une souplesse digne d'une ballerine qui aurait une crampe aux deux mollets :

« Salut, vieux fou. Désolé, j'entre comme une mouche se jetterait sur une tartine de confiture vieille d'il y a deux jours mais j'ai cru que j'allais crever en montant tes escaliers. » Il appuyait sur sa blessure en essayant de souffler le plus possible. Un point de côté pile à cet endroit-là, son corps était sérieux, là ? « Tu devrais penser à faire installer l'ascenseur, ça serait cool... Et inutile d'appeler les pompiers, ça va passer. »

Il pencha la tête en arrière et continua de respirer longuement :

« Alors, quoi de neuf dans ta tour d'ivoire ? »
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Mer 17 Fév - 17:06





Such A Tragedy



Le brouhaha du dehors ne l’atteignait pas, pas même un son. Les rires, les injures, les pas, les voix, tout semblait s’écraser contre un mur infranchissable qu’était son crâne. On apprend avec le temps à organiser son cerveau, pour réfléchir, pour supposer, tergiverser avec soi-même, sans prendre en compte l’extérieur. Drassyr semblait sur un ilot surplombant un lac aux allures glacées, tant les remous étaient imperceptibles. A vrai dire, ils n’existaient pas, comme tout ce qu’il persistait à atténuer, détruire et noyer sous sa surface. Il ne restait qu’un homme, songeur, sous un ciel pétrifié, sur une eau morte. La métaphore était à la hauteur du conteur, il en sourit, il l’utiliserait, ravi.

Le soleil perçait de moins en moins les nuages d’Ariesten, il se couchait, noyé à travers ces vapeurs et l’ignorance des passants. On avait autre chose à faire, que voir une étoile tomber pour la millième fois. Qui disait qu’il ne s’agissait pas de la dernière ? Drassyr se posait ces questions, réfléchissait ainsi qu’à ces rares occasions où les évènements de sa vie se bousculaient, et débordaient du récipient dans lequel il les contrôlait. L’alchimie n’était plus sienne, et il se rendait compte alors qu’il n’était ni Dieu de son monde, ni d’aucun autres.

Un élément perturbateur avait commencé ce Ragnarok de son existence, juste à effleurer la surface du lac pour laisser les remous se faire et l’atteindre. Puis, d’un autre côté, le changement se faisait, ailleurs et qui lui était lié. Alors le récipient tombait mollement à terre et Drassyr l’observait, circonspect. Un peu comme il observait le fin bracelet d’argent entre ses doigts. Pour sûr, il était féminin, pour sûr, il n’était guère sien. Il ne le rendrait pas de main propre à la propriétaire, après tout, il verrait bientôt son père.

Camila était partie en début d’après-midi, lui ayant apporté quelques nouvelles peu engageantes de son géniteur la nuit d’avant. S’il n’était guère inquiet, c’est qu’il connaissait l’animal. S’il n’était guère surpris et souriait même à la nouvelle, c’était qu’il s’y attendait. Le cas Azaan était à compte à rebours, il s’attendait à voir le sang couler. L’autre cas d’il y a deux jours l’avait surpris. Drassyr rangea le bijou dans la poche de son pantalon noir, et remplit un verre à vin usé par le temps, sans se focaliser sur l’animal à moitié mort rampant jusqu’à sa porte, avec toute l’agilité qu’il lui connaissait. C’était à dire aucune.

Son regard fixa le malade ; plus esquinté qu’il ne le supposait. Il l’écouta d’une oreille et étira un sourire plein d’ironie à la métaphore. Le verre à la main, il le tendit avec désinvolture à la mouche poilue et en bien mauvais état sur sa chaise. L’alcool n’était bon pour les malades, il l’était pour les fous et faire passer la douleur. Le blessé était l'un et l'autre. La mort ne le choquait pas, visiblement, pas même son état, car il fréquentait cette amie depuis bien longtemps. Et puis, il était encore en vie, pourquoi s'en faire ?

« Je n’avais pas l’intention de les appeler : si tu meurs chez moi, fais-le au moins sous ta forme animale, tu feras une bien belle carpette. »

Sa main droite lâcha le verre tandis qu’il posait la bouteille proche de l'animal, de la même paume. Le conteur s’assied sur un fauteuil, non loin de l’ours. Il l’observa, tel un chat un autre comparse écrasé sur la route. Il ne répondit pas à la proposition, il n’avait pas besoin. L’ascenseur ne sera jamais installé, car il n’avait pas les moyens, et que cela briserait le charme du lieu.

Azaan ressemblait à ces vieux manteaux qu’on laissait trop longtemps sous la pluie. Ses yeux gardaient de leur vivacité, mais son visage était creusé, et décrivait plutôt bien la situation dans laquelle il se trouvait. Drassyr n’offrit aucune compassion dans ses mots, dans ses gestes, il savait juste que ce qu’Azaan attendait de lui n’était cela. Pour autant, la question lui parut saugrenue ; il semblait voiler ses propres problèmes sous une question sans profondeur, afin… D’oublier ?

« Hélas, rien. Personne n’est venu me poignarder avec vilénie, quel chanceux tu fais ! »

Au moins, il présentait les choses. Il savait, bien que ce fût la fille adoptive qui lui en parla, et non son ami. Quant au reste, il préférait le passer sous silence ; quelque chose était arrivé, qu’il adorait et se méfiait, mais qui ne lui semblait pas propice à conversation pour le moment.

« Excuse-moi de ne point être venu te rendre visite à l’hôpital. Ce dernier et moi-même ne sommes pas forcément… En meilleurs termes. Et je me suis dit que tu ne voudrais pas de mon visage comme dernier souvenir, si tu passais de l’autre côté. »

Il était inspiré, bien qu’il fût assez pertinent de le constater. Drassyr n’aimait pas les hôpitaux, ils étaient remplis de personnes au bord de la mort, et lui était leur contraire comme confrère. L’atmosphère lui semblait trop particulière, et lorsque ceux le connaissant de rumeurs le voyaient, celle-ci devenait plus pesante. Le tatoué croisa ses jambes, et appuya son visage contre son poing, le fixant en silence. Son sourire s’étira lentement, et il ne put s’empêcher de remuer le passé, pour mettre en forme le présent.

« Et dire que c’est elle qui a fait ça. »

Mot pour mot, cynisme adoré, que dire, adulé même ! Drassyr posait par cette affirmation une question, une attente, mais aussi une constatation. Il demandait ce qui lui était arrivé, il attendait la réponse, sans pour autant le presser, et il constatait que l’infanticide voulait devenir meurtre. Il remuait le couteau dans la plaie même de cet ami de longue date, Drassyr ne pouvait pas s’en empêcher, il adorait réveiller les vieilles douleurs comme les atténuer. C’était en lui, cependant, il n’était guère question de ce personnage, mais de l’autre amateur de poisse.  





Pv Azaan






H-S Désolée de l'attente, j'ai plus d'ordinateur donc complexe de répondre rapidement D8 ! Sorry éè
On ne tente pas, on fait du camping ! [Pv Drassyr]
Invité
Ven 26 Fév - 22:41
Le simple fait de se retrouver aussi faible le mettait dans une rogne au-delà de l'imaginable quand l'on connaissait le caractère de pantoufle usagée d'Azaan, mais le souci c'était bien qu'il ne pouvait pas y faire grand chose, vu qu'il ne pouvait de toute façon pas faire grand chose tout court. Et quand bien même il l'aurait voulu, il était chez Drassyr, il ne risquait pas d'y faire grand chose. Lui-même, pas Drassyr. Encore que lui-non plus ne risquait pas de faire grand chose chez lui, surtout avec Azaan. Et l'ours y tenait. Ce léger agacement, donc -non, on ne pouvait décidément pas imaginer un niveau d'énervement plus élevé quand l'on prenait en compte que sa seule réaction à l'étranglement volontaire de sa fille avait été de se laisser poignarder un an plus tard comme une grande chiffe molle-, n'était pas sans lui rappeler le picotement désagréable des bords de la plaie. Bordel, quand est-ce que cette chose allait enfin se refermer et lui laisser la paix ? Pas assez vite à son goût, évidemment, quel autre genre de réponse comptait-il obtenir ? Et ce n'était certainement pas en faisant aussi peu attention qu'il allait voir une amélioration dans le temps de cicatrisation. Après tout, on ne vit qu'une fois !

Il souffla longuement en manquant de s'étouffer à la merveilleuse, odieuse mais non moins savoureuse tirade de son ami de longue date. Il avait toujours le chic pour glisser la bonne phrase au bon moment, et avec cette phrase apporter de subtiles images toujours toutes en poésie morbide, digne d'un des plus grands poètes d'Ariesten, précurseur en la matière, qui avait décrit non sans malice la beauté d'un cadavre aux jambes en l'air dans un buisson. Il ne put s'empêcher de rire, même si son point de côté le rappela à l'ordre.

« Bien belle, tu me flattes. Je ne suis pas sûr qu'avec l'état de mon moral, mon poil soit aussi beau que ce que tu penses. A moins que tu ne veuilles d'un tapis authentiquement vintage, mais je ne suis pas sûr que ça cadrerait avec ta déco. »

Il remercia dans un souffle l'initiative de son ami de longue date, qui n'était franchement pas sérieux, mais le connaissant, il savait pertinemment ce qu'il faisait. Ce n'était pas un verre d'alcool qui risquait de lui faire peur, cependant il devait reconnaître que la perte de sang avait quelque peu modifié bon nombre de ses réactions physiologiques, à commencer par celles de son estomac. Même si pour le coup, il doutait plus des réactions de sa tête à cause de sa perte de sang récente que d'éventuelles contractions mal venues de son diaphragme. Sans compter le fait que l'abstinence la plus complète sur tous ses petits vices commençait elle aussi à lui taper sur les nerfs. Plus de cigarettes, plus d'alcool... On pourrait penser que plus de femme serait un problème, mais étant donné qu'il refusait de la toucher depuis qu'il savait qu'elle le trompait, il en avait parfaitement l'habitude. Et non, il n'avait jamais songé à lui rendre la pareille, de toute façon il n'avait toujours été que moyennement concerné par ce genre d'amusements. Il était bien trop difficile pour trouver une femme qui pouvait lui plaire, alors à quoi bon, perdre son temps ?

Puis ce qu'il entendit par la suite le fit sourciller. Qui avait bien pu lui dire ? Il ne savait pas si Drassyr aurait eu la chance folle de tomber sur les infos de chez R.A.S mais il doutait fortement qu'il ait trouvé la nouvelle dans les journaux. Il avait bien envie de lui demander comment il pouvait être au courant, cependant il avait un peu peur de s'en mordre les doigts une fois qu'il entendrait la réponse. De toute façon le temps qu'il trouve une façon non-agressive de lui poser la question, le conteur aurait bien eu le temps de lui raconter une histoire ou deux. Il se souvenait encore de l'époque où il rêvait d'avoir son talent pour conter des fables merveilleuses à Brume avant qu'elle n'aille se coucher. Encore un autre bonheur qui lui avait été arraché, mais il préférait encore avaler sa langue plutôt qu'avouer que cette simple pensée pourrait l'empêcher de dormir. Le fait était qu'il savait, il n'y avait que ça qu'il devait retenir.

« Oh, ne t'en fais pas. J'aurais bien été content de te voir mais ma famille s'est relayée pour me tenir compagnie à tour de rôle. J'étais tellement dans les vappes par moment que je me rendais à peine compte de qui était vraiment là, parfois. Mais je reconnais, voir ta tronche aurait été dommage, j'aurais même pas pu espérer faire un dernier rêve érotique dans un souffle de vie pathétique. »

Il continuait à fixer le plafond, la respiration beaucoup plus calme, les jambes étendues devant lui. Il but une nouvelle gorgée d'alcool et soupira en sentant que ses abdominaux se décontractaient près de sa plaie. Il espérait seulement que les sutures n'avaient pas lâché, et qu'il ne se soit pas mis à saigner. N'étant qu'un simple et humble mâle, il avait complètement oublié de prendre de quoi changer ses pansements au cas où il commencerait à vouloir faire de la cochonaille d'ours. Décidément, au plus ça allait au plus il se sentait comme le dernier des ratés.

Et puis il y eut le mot de trop. Celui qui aurait pu lui faire péter les plombs si ce n'avait pas été Drassyr qui l'avait prononcé. Il grogna, découvrant dans un rictus des dents parfaitement blanches et plus pointues que celles des humains ordinaires. Il y a des détails physiques de son animal totem auxquels on ne peut pas échapper, quand bien même il aurait apprécié ne pas hériter de ce signe distinctif plutôt inquiétant pour quiquonque aurait une imagination un peu trop débordante, ou un sens de l'observation un peu trop dérangeant, auquel cas il conviendrait d'éliminer ce témoin gênant avant d'avoir des ennuis, ce qui conduirait forcément à de nouveaux ennuis, alors peut-être valait-il mieux simplement se faire arracher toutes ses dents et acquérir un dentier standard qu'il chausserait mal pour en finir une bonne fois pour toute avec les ennuis. Ennuis qui de toute façon étaient déjà là, d'une certaine manière. Son regard était certes moins amical que prévu, mais il n'y pouvait rien. Ces mots, ceux qu'il avait prononcé en pensant qu'ils allaient s'écraser dans sa gorge avant la fin de sa phrase, il ne pouvait plus les voir en peinture. Dire que s'il était allé se livrer à la police immédiatement, rien de tout cela ne serait arrivé, mais il aurait quand même perdu Brume. Quelle consolation aurait-il eu ? Aucune de bien vaillante.

Les coudes appuyés sur les genoux, il tenta de ne pas trop se tordre les doigts. Même si Drassyr ne lui en voudrait pas s'il explosait d'un coup, il ne préférait pas le faire de façon brutale, d'une façon qui ne lui aurait pas ressemblé.

« Ouais, c'est elle qui a fait ça. Encore une fois. Mais dans l'histoire, j'ai eu de la chance, elle aurait pu s'en prendre à Camila. Si elle l'avait fait, je crois que j'aurais manqué de murs à repeindre avec son sang, ma cuisine est trop petite. »

Il passa le bout de sa langue sur ses lèvres pour les humidifier. Il avait l'impression que sa gorge était sèche, mais elle était juste nouée.

« Quelque chose me dit que tu en sais beaucoup plus que ce que tu devrais. Je ne sais pas si je dois penser que c'est une bonne ou une mauvaise chose, mais au moins ça m'évitera d'avoir à tout te raconter depuis le début ? »

Un rictus revint sur ses lèvres, ses cheveux en bataille retombant en partie sur son visage.

« Et je parie que tu vas me dire que tu le savais, hein ? J'veux dire, pour moi c'était sûr qu'elle allait finir par essayer de me tuer. Personne ne peut me supporter aussi longtemps. Puis j'ai pas fait ce qu'il fallait pour elle. Mais pour Brume, tu vas me dire que tu le savais aussi ? Ou toi aussi tu te demandes encore comment on a pu tuer la plus jolie petite fille du monde en la regardant dans les yeux pendant qu'on l'étrangle ?... Dire que j'ai épousé la seule femme handicapée qui n'a pas la politesse d'avoir un cœur... »

Ses mains tremblaient, et il se sentait pitoyable, les larmes aux yeux, incapable de pouvoir se contrôler encore une fois. Est-ce qu'il faudrait vraiment qu'il passe par ce genre de phase pour reprendre un semblant de dignité ?
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Dim 28 Fév - 22:08





Such A Tragedy



Vil flatteur. Ô combien de fois l’avait-on nommé ainsi ? Excepté Azaan, la dernière en date était Nora. Et oui, un mot prononcé entre plusieurs années d’écart lui paraissait courant, à son échelle. Il étira un sourire aussi nostalgique que d’une joie feinte. Flatterie. Ironie. Un bel assemblage, dirons-nous, qui permet d’éviter bien des sujets et d’en amener d’autres. Sûr qu’il pratiquait ces états avec aise et grâce.

« Oh. Quel dommage. »

Son ton pince-sans-rire et son visage feignant la tristesse fassent à la perte d’une merveilleuse décoration donna la couleur de ce côté de la conversation. De toute manière, il avait beau été décrit de façon délibérément négative par la majorité, il avait encore un cœur et ne ferait pas de son ami un tapis. Quoique… Cela lui ferait un beau souvenir.

Il s’ensuivit la description de son état, que le tatoué écouta en silence et patience. Il n’avait que ça à tuer : le temps. Drassyr imagina la scène sans trop la comprendre. Azaan allongé, entouré d’amis et de sa famille proche, sans sa femme bien sûr. Drassyr voyait souvent les portraits de famille, d’une mère tenant la main de son enfant à un père surveillant ses garnements. Ariesten en était peuplé, et ce peuple ne lui offrait qu’une sensation de vide extrême. C’est ce qu’il ressentait vis-à-vis d’Azaan et de sa famille, un vide. Certainement que l’émotion avait du être intense pour tout à chacun, pas pour lui. Lorsque Camila était arrivée et lui avait tout raconté, il fut certes surpris, pour autant il ne croyait pas que la mort de son ami, aussi attaché fut-il à lui, l’aurait atteint de la même façon qu’elle aurait atteint les autres. Drassyr aurait trouvé cela dommage, pour sûr.

Une simple onomatopée s’extirpa de ses lèvres en guise de réponse. Il ne voyait pas la peine d’approfondir leur bataille de sarcasmes sur le sujet… Même s’il était certain de pouvoir animer les quelques rêves érotiques d’Azaan. C'était son amour propre qui parlait. Enfin, on vint à la partie qui animait sa curiosité. Le conteur pencha la tête de côté, fixant ces jolies canines aiguisées.

« Tu ferais un très beau décorateur, et puis… Le rouge est ta couleur. »

Bien qu’il n’ait de sensation terrible d’inquiétude pour l’ours, Drassyr était d’accord sur une chose : cette femme n’était pas une sainte. Elle mériterait bien de pourrir en enfer, sans mauvais jeu de mots… Et s’il y a un enfer. Ses doigts se croisèrent, calmes et immobiles, au contraire de ceux de son interlocuteur. Il semblait affecté par ses mots, et par ses propres paroles. Azaan était mal, affaibli, et finalement humain. Drassyr se rendait compte que cette attaque avait réveillé de mauvais souvenirs ainsi que briser quelques barrières fièrement dressées, qu’il avait lui-même terminé de défoncer.

Effectivement, il en savait plus qu’il ne devait, preuve était ce petit bracelet dans sa poche, qui, passivement, s’extirpa de celle-ci pour filer entre ses doigts aux ongles vernis de noir, telle une réponse silencieuse. Mais avant d’en dire plus, il préféra laisser Azaan continuer. Il semblait… Avoir besoin de vider son sac, n’était-ce pas son rôle de l’y aider ? Vomir ces années de rage, de tension et de perdition accumulées. Si le tatoué était la pourriture personnifiée, Azaan était un sac empli de cette même putréfaction. Il pourrissait de l’intérieur, dans sa tête, dans ses organes, sous sa peau. Peut-être était-ce pour cela que Drassyr s’était attaché à lui, ça et son humour aussi noir qu’infini.

Ses yeux noirs fixèrent ceux du blessé. Ces derniers ponctués de quelques larmes qui lui arrachèrent une certaine… Pointe d’envie. Pour sûr qu’il se sentait peiné par la situation, pour autant, cette envie venait de son égocentrisme même. Pleurer. Il ne pouvait plus. Il enviait cette capacité de soulager le poids de la souffrance humaine par quelques larmes. Le conteur détourna ses mirettes pour mieux se déplacer dans son propre fauteuil : la nuque contre l’accoudoir, et les genoux sur son cousin, ses jambes dans le vide.

« Pourquoi croyez-vous tous que l’immortalité est associée à la capacité de voir le futur… »

Toujours se focaliser sur l’essentiel Drassyr, effectivement. Disons qu’il choisissait bien ses mots. Il se sentait proche de cette tristesse tout en sentant un mur qui l’en séparait. Lui-même avait souffert d’une perte lui serrant toujours autant le cœur, mais pouvait-on seulement comparer celle-ci à celle de son ami ? Il se sentait aussi loin que proche de celui-ci, aussi étranger qu’habitant du quartier.

« J’ai en effet émis l’hypothèse qu’elle s’en prendrait à toi un jour. Quant à Brume, si je l’avais su, je t’en aurais parlé. Je ne suis pas immunisé contre ce type d’injustice enfantine. Il n’en est que le mal est fait et que toi tu en es ressorti vivant. »

Drassyr gardait les yeux rivés sur ce bracelet qu’il palpait et examinait avec intérêt tout le long de son discours. Puis son index pointa l’ami en question pour la suite de son discours :

« L’important est de savoir ce que tu vas faire maintenant. »

Drassyr reprit une position plus humble, pieds à terre. Il en venait le sujet de la femme, plutôt sensible, pas autant que celui de Brume. En ayant abordé ce dernier de la façon la plus sadique qui soit, Azaan n’avait pas cherché à l’égorger. C’était déjà un bon point… Bien qu’il comptait sur le fait de sa blessure et de sa fatigue pour ce cas. Il s'exprima de nouveau, mettant en scène sa jolie hypothèse comme s'il s'agissait d'une expérience, mimant l'étranglement, mimant un fil coupé par une paire de ciseaux, exposant les faits par la voix et les paumes.

« Ta femme a regardé dans les yeux Brume au moment où ses mains se sont posées sur sa gorge. Il n’y a rien à redire à cela, excepté qu’elle a coupé tout lien avec la réalité bien avant cela. Pour elle, Brume n’était pas son enfant. Juste… Quelque chose. L’observer mourir ne lui a strictement rien fait, car il n’y avait aucun lien entre Brume et elle, entre ses propres mains et sa cervelle. Elle est instable, et je pense que tu devrais te féliciter d’avoir pris ce coup et de pouvoir faire de sa vie un enfer. Autrement crois-moi, elle s’en serait prise à Camila. Cette femme est une autodestructrice née ; si elle souffre, tout doit souffrir autour d’elle à la même ampleur si ce n’est plus. Notre paraplégique préférée n’est pas la seule dans ce cas, crois-le ou non, j’ai vu bien des cas où des mères massacraient leurs enfants. C’est courant dans l’histoire d’Ariesten. »

Et certainement que sa propre mère vivante l’aurait tué en sachant ce que le tatoué était. Trêve de narcissisme, Drassyr étira un mince sourire, tendant entre deux doigts joints de sa main droite, le joli bracelet à son ami.

« Camila m’a raconté sa version de l’histoire, et a passé la nuit ici. Elle a oublié cela. Tu lui rendras… J’aimerai pour autant ta version de l'évènement. Aussi adorable est Camila, elle n’est que témoin de ce qui s’est passé. »

Le bijou donné, ses doigts se lièrent entre eux, et le conteur attendit que son ami conta une jolie histoire. Les rôles étaient inversés, aussi macabre et sombre fut la situation, Drassyr prit un air semblant enfantin et surtout curieux. Curiosité malsaine, quand tu nous tiens…






Pv Azaan




On ne tente pas, on fait du camping ! [Pv Drassyr]
Invité
Mer 2 Mar - 14:22
Il y avait malgré tout un avantage considérable à parler de tout et de rien à Drassyr : vu son âge canonique, il avait une vision du temps que seules les personnes très âgées, c'est-à-dire que le temps est leur pire ennemi. Dans le cas de ce cyborg là en particuliers, le temps, c'était bien la seule qui ne lui manquerait jamais ; aussi bien en terme de mesures qu'affectivement parlant. C'était bien d'ailleurs l'une des choses qui sans doute avait réuni les deux comparses de la catégorie « humour de thanatopracteurs et autres petites joies quotidiennes des conducteurs de corbillard » : savoir prendre le temps était dans la vie sans doute l'un des secrets pour être parfaitement en marge des autres et donc paraître à la fois terriblement attirant et complètement repoussant. Dans le cas d'Azaan, la première option étant hors de course depuis un bon moment pour ne pas dire depuis sa naissance, il se contenait aisément de s'amuser à compter le nombre de personnes tombées dans les bras de ce putréfacteur sur pattes, mais en restant tout de même assez loin pour ne pas se prendre un morceau de peau par mégarde, il ne fallait pas exagérer non plus. Mourir putréfié, d'accord, mais les peaux mortes, non merci !

Il ne put que sourire légèrement au sarcasme de son ami quant à ses qualités de décorateurs d'intérieur. Ils savaient très bien l'un et l'autre que c'était entièrement faux, mais puisqu'il avait dit beau et pas bon, on pouvait supposer que le sex-appeal d'un futur divorcé et jeune papa pouvait entrer en ligne de compte, même si toute personne connaissant bien l'hybride grizzly savait que prendre soin de son apparence était pour Azaan à peu près aussi intéressant que lire la bibliographie d'une thèse d'un doctorant en communication sur l'impact de la publicité des produits alimentaires sur la tranche des ménagères entre quarante et cinquante ans. Autant dire qu'il n'en avait un peu rien à cirer. Il faisait simplement attention à ne pas faire négligé quand il le pouvait -en ce moment, c'était pas la grande forme quoi qu'il arrive- surtout pour ne pas foutre la honte à ses filles, même s'il n'en restait plus qu'une et que de toute façon, comparé aux autres pères, il paraissait toujours cool. C'était ça d'être un sale gosse reconnu, les ados vous adoraient, vous ne pouviez rien y faire.

Il essayait de se contenir tout en ne déballant qu'à demi ce qu'il avait sur le cœur, parce que tout dire aurait été encore trop difficile. De toute façon il ne savait pas vraiment quoi penser. Un léger balancement entre devoir être énervé contre elle, ou contre lui-même. Une infime faille, prête à tout briser en deux, et il ne suffirait que d'une poussée du bout du doigt pour mettre au tapis des années d'une conduite qu'il espérait irréprochable pour ne pas se voir proche du minable. Il ne fit pas attention dans un premier temps à l'objet que Drassyr sortit de sa poche, bien trop focalisé sur le fait de ne lui même pas sortir de ses gonds. A quoi bon passer sa rage sur quelqu'un qui n'y était pour rien ? Il ne faudrait cependant pas que son ami le pousse à bout de trop ou les choses pourraient changer du tout au tout. En ce moment, il ne savait plus vraiment de quel côté basculer. Il se sentait comme sur un fil, une lame de rasoir presque invisible, qui n'hésiterait pas à le détruire s'il se risquait à ne pas choisir entre évacuer toute la violence qu'il avait subi ou encore une fois assumer en serrant les dents.

« Je ne crois rien du tout, Jiminy Cricket, pleure pas sur une légende que tu entretiens régulièrement. Et puis, tu sais que les conteurs sont tous des moralisateurs dans l'âme, on ne raconte pas une histoire dans le vent, sauf quand l'on doit endormir le conteur lui-même. »

Un clin d'oeil sans envie, il s'essuya les joues et les yeux du plat de la main, pas vraiment à l'aise avec les démonstrations affectives, surtout quand c'étaient celles de son propre affect. Dire qu'il avait consolé ses sœurs de leurs peines de cœur à d'innombrables reprises, qu'il avait destressé Kiara avant chaque examen, chaque concours qu'elle avait dû passer pour devenir infirmière, qu'il avait même écouté les problèmes que sa mère avait avec son père, qu'il consolait même les enfants de ses collègues de boulot et bordel, il n'était toujours pas capable de laisser quelqu'un l'aider à faire un pas vers un mieux. Et quelque part, il ne parvenait pas à se dire qu'il méritait qu'on lui accorde une pareille attention. Pourquoi donner de l'attention à une personne qui avait laissé mourir son enfant ? Qui n'avait même pas pu le sauver ?

Une expression plus amère encore passa sur son visage quand le cyborg lui dit qu'il l'aurait prévenu pour Brume. Il n'y croyait pas. Il savait que c'était injuste, mais il n'y croyait pas le moins du monde. Pourtant, on pouvait reprocher ce qu'on voulait à Drassyr, on ne pouvait pas le taxer d'être cruel. Du moins il ne l'avait jamais vu sous cet angle. Les femmes esseulées qui prétendaient qu'il les avait abandonnées au milieu d'une histoire d'amour passionnée étaient certes en souffrance, mais elle n'en restait pas moins des petites filles qui rêvaient encore au prince charmant tout en se jetant dans les bras d'hommes qui ne voulaient pas leur offrir ce genre d'expérience sur le long terme. Oh, il ne doutait pas un instant de la capacité de Drassyr à aimer quelqu'un, c'était même une évidence, il aurait depuis bien longtemps transformé tout Ariesten en un gigantesque tas de pourritures en tous genres. Mais il ne lui avait connu personne à ses côtés pour l'instant, et avec ses récentes expériences, il ne lui souhaitait pas que ça lui arrive.

« Ouais, c'est là tout le problème, je crois. J'en suis ressorti vivant. Pourtant c'est pas faute d'avoir essayé de crever dans mon coin. »

Ses yeux se posèrent sur son ami et avec lui il vit le bracelet qu'il discernait parfaitement de sa vue perçante. Camila ? Sonia ne l'avait pas appelé et ne lui avait pas rendu visite, il n'avait eu aucune nouvelle de sa fille adoptive depuis son entrée à l'hôpital, mais il n'avait pas cherché à en prendre. Si la petite ne voulait pas lui parler, ce n'était pas le moment d'aller la sortir d'un état qui peut-être lui faisait du bien. Avec un peu de malchance, elle lui en voudrait pour être encore en vie et il serait définitivement seul, reparti à la case départ. Sans sa grand-mère pour lui secouer les puces, cette fois. Mais il ne comprenait pas ce que ce bracelet faisait chez Drassyr. Certes, il avait une confiance aveugle en son ami, et il savait pertinemment qu'un enfant pouvait avoir quelque chose de précieux à ses yeux, mais il ne pouvait s'empêcher d'être pessimiste. Allait-il apprendre que Camila s'était foutue en l'air ?

« Ce que je vais faire, j'aimerais bien le savoir. Mais je ne la laisserai pas s'en sortir sans terminer dans un asile. Ou en taule. J'ai peut-être été trop gentil trop longtemps, il serait temps que je montre un peu les crocs. Seulement je ne sais pas si je ne suis pas trop fatigué pour le faire. »

Les attitudes de son ami ne le surprenaient plus, même s'il devait avouer qu'il avait une créativité à toute épreuve concernant les postures possibles sur un fauteuil. Azaan aurait beau en essayer la moitié, il n'était pas sûr de pouvoir s'en relever. Outre son manque d'agilité et de souplesse caractéristique des ours, les médecins lui avaient dit que sa blessure pourrait encore le tirer pendant longtemps, car les muscles avaient été bien amochés. En vérité, elle lui avait quand même enfoncé le couteau jusqu'au manche dans le bide. Un couteau de cuisine. Le chirurgien lui avait dit lui-même qu'il avait été un miraculé. Quand il était arrivé sur la table d'opération, il était persuadé qu'il ne s'en sortirait pas, mais étrangement il n'y avait eu aucune complication, pas d'arrêt cardiaque, tout était passé comme une lettre à la poste. Celui qu'on présentait comme un chien fou avait finalement prouvé qu'il était capable de bien se tenir. Uniquement quand il était inconscient.

Cependant, il avoua que les faits que le conteur énumérait comme des suppositions que ferait n'importe quel enquêteur lui filait la nausée. Il se rappelait les yeux à demi-fermés de sa fille, son petit cou marqué par les doigts effilés de Shaya. Elle était détrempée, mais elle était déjà gelée. Comme si l'eau dans la baignoire n'avait pas été chauffée mais juste mise là pour faire croire à. Il savait depuis le temps qu'elle avait en effet voulu masquer la strangulation en noyade, mais aurait-elle prémédité la chose à ce point ? Avait-elle pu vraiment le faire ? C'était bien ce qu'il ne comprenait pas : si elle tenait tant à ce qu'il la tue, à ce qu'il devienne un meurtrier, pourquoi est-ce qu'elle n'avait pas ouvertement montré son crime ? La réponse lui semblait une évidence, pourtant elle lui était douloureuse : elle avait peur de la punition. Le fait de partir en prison la terrifiait. Dans un sens, il ne voulait pas lui faire subir ce genre d'expérience, les tueurs d'enfants n'avaient pas bonne presse même chez les malfrats de tout poil. D'un autre côté, il ne voulait pas lui faire de dernier cadeau. Elle avait bien trop joué avec ses nerfs depuis plus de deux ans. Il n'osait dire avec ses sentiments, il savait que ce genre de paramètres ne pouvaient pas rentrer en ligne de compte pour une personne comme elle. En avait-elle seulement eu un jour ?

Il ferma les yeux un instant, se rappelant combien lui il avait pu être heureux quand elle était là. Il y avait eu des années qui lui semblaient si lointaines où rentrer même tard et la savoir déjà couchée était un bonheur dont il ne se lassait pas. La maison parfaitement paisible, essayer de ne pas faire le moindre bruit pour ne pas la réveiller. Se glisser dans le lit avec les mêmes précautions et déposer un baiser dans sa chevelure folle, pleines de boucles couleur de miel. Dire qu'à cette époque encore elle se lovait contre lui, et ça lui suffisait. Qui aurait pu croire qu'un raté dans son genre aurait pu avoir une vie aussi rangée loin de son micro et de ses collègues de radio ? Son patron le lui disait souvent, il ne savait pas comment il faisait pour mener une vraie vie de famille avec tout le boulot qu'il fallait abattre. Mais il le faisait, il s'en fichait du comment. A quoi bon se plaindre quand on a tout ce que l'on n'aurait pensé pouvoir espérer ?

Le bracelet arriva entre ses doigts et d'un geste qu'il ne voulait pas trop rapide, il le mit dans la poche de son jean. Certes oui, des femmes avaient massacré leur enfant, c'était courant. Oui, il avait une poisse légendaire, mais pour une fois, il aurait aimé que ça ne soit pas lui. Pour une fois dans sa vie, il aurait aimé n'être qu'un cocul parmi les autres, peut-être un divorcé heureux comme un pape de passer tout son temps libre avec sa fille, même s'il n'était pas le père idéal selon les coincés du cul et des bonnes œuvres. Juste pouvoir vivre avec sa fille, avoir Camila avec eux quand elle l'aurait voulu, juste cette petite chose insignifiante lui avait été enlevée et c'était la seule excuse qu'on pouvait lui sortir. C'était courant dans l'histoire d'Ariesten. C'était vraiment pas de veine.

« Pourtant Camila n'est pas du genre à en faire des caisses. Au contraire, je pense que tu as eu la seule personne qui a vu tout se passer sans parti pris. Je crains qu'il n'y ait rien d'extraordinaire à te raconter, en fait. »

Il ne savait pas ce à quoi s'attendait vraiment Drassyr. Voulait-il entendre la vérité ou une histoire arrangée pour être un peu plus jolie ? Ou encore un peu plus sombre ? Le mieux c'était de ne rien lui demander et de faire comme ça lui venait, de toute façon. On est bon public ou on ne l'est pas. Il appuya ses coudes sur ses genoux, son verre entre ses mains. Se focaliser sur ce qu'il avait à lui dire, à comment le lui dire, lui permettait d'oublier sa peine, sa rage.

« Il y avait ce pauvre type qui se buvait sa bière en fin de soirée pour entretenir la bouée qu'il n'a jamais eu et qu'il n'aura jamais, parce que quoi qu'il arrive, il aura toujours cette dégaine de vieil ours désossé pour servir de carpète. Il avait servi des crêpes à une petite fée qui avait voulu apprendre à les faire, et il les lui avait servi entre autres parce que selon les pontes de la pédagogie et de la bonne éducation, c'était le pire père de la création. Mais sur l'île des enfants perdus, il aurait été le roi des papas, simplement parce qu'il était peut-être un peu trop déglingué pour vouloir entrer dans le monde des adultes. Ou alors il avait compris que c'était un piège.
« Et puis sa femme arriva, reine des glaces sur son char d'assaut parfaitement silencieux, parce que le pauvre type, bien qu'étant un branlo de première était encore assez con pour lui huiler les roues de son fauteuil pour qu'elle n'ait pas à s'arracher les mains sur le système de rotation des roues plus que pour un éventuel bruit. Même si le couinement pathétique d'une personne quasi-grabataire qui se déplace dans un mutisme parfait et fixe les individus de ses grands yeux morts peut avoir un petit côté Psychose des plus excitants si l'on aime la réanimation à coup d'électrochocs. Leur présence à l'un et à l'autre les agaçaient profondément, mais il y eut un temps où tout était différent. Il y eut un temps où le seul fait d'être ensemble une fois dans la journée leur était la chose la plus importante. Un temps merveilleux ou voir son regard pétillant et ses cheveux voler au vent lui donnait l'impression qu'elle avait bien ses deux jambes et qu'elle dansait comme une nymphe au clair de lune. C'était déjà un pauvre type à l'époque, et sous les sourires de bonne fée il n'avait pas vu l'orage arriver.
« Elle voulait que la petite fée s'en aille, méchante reine au milieu d'un château qui n'avait jamais été le sien, mais le pauvre type, trop bon et trop con mais pas trop, n'y céda pas. A quoi ressemblerait le monde si l'on chasse les petites fées qui emporteront avec elle tous les rayons du soleil ? Et ce petit rayon de soleil, si fin, si fragile, c'était le seul rempart qui permettait encore à ce pauvre type de ne pas devenir un sale type. Sa seule raison de ne pas finir par faire plus de mal qu'il n'oserait jamais en faire, vu qu'apparemment, s'il n'avait pas été un pauvre type il aurait l'intelligence de tuer sa femme et de partir en taule pour son bon vouloir. Mais comme il n'était qu'un pauvre type, il réfléchit avec sa logique de pauvre type et lui proposa de se fusiller la cervelle à grand renfort d'alcool et de médicaments, au risque de certes la transformer en véritable légume, mais a-t-on déjà une carotte dépressive ?
« Alors la folle au fauteuil décida de rejouer McBeth version maison de retraite, avec nettement moins de classe mais non moins d'ardeur. »
Il fit une pause. Comment décrire cette sensation horrible qui encore aujourd'hui lui paraissait indescriptible ? « Le pauvre type étant un pauvre type, la description complète de cette séquence est actuellement indisponible, nous vous invitons à le joindre ultérieurement, quand la sensation fantôme viendra hanter ses nuits. Il retira lui-même la lame qui lui faisait un beau trou béant sur le côté de l'abdomen. On aurait pu aisément imaginer le reconvertir en borne de mise à jour pour les cartes de sécurité sociale, malheureusement à part les engluer, il n'aurait pas pu faire grand chose. Alors le pauvre type se dit que c'est peut-être le moment de ne plus être seulement un pauvre type, de baisser le rideau de fin, d'obtenir une promotion et de devenir un pauvre type mort. Qui sait, peut-être qu'une fois parti, des gens le regretteraient ? Mais il ne voulait pas être là pour le voir, non. Il préférait que le marionettiste qui a décidé de ne rien glander du haut de son nuage continue à ne rien glander et surtout à l'oublier. Il était hors de question de devenir une ombre, si c'était pour vouloir se suicider aussi et emmerder le monde, autant crever tout de suite.
« Le pauvre type pensait sincèrement qu'il allait enfin avoir la paix quand la petite fée arriva. Il ne l'avait pas vue faire sans doute plusieurs allers et retours entre l'endroit où il s'était échoué comme un cadavre de cachalot et la trousse à pharmacie. Et puis elle avait appelé des renforts magiques, aussi. Des renforts qui pourraient transformer le pauvre type en un super héros capable de sauver l'humanité. »
Il soupira longuement. « Mais comme les pompiers sont pas très au point niveau magie, j'suis resté un pauvre type. J'te dirais bien que je me soigne, mais rien que d'y penser, j'ai la flemme. »
On ne tente pas, on fait du camping ! [Pv Drassyr]
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Lun 14 Mar - 17:42





Such A Tragedy



C’était le plus grotesque dans ce qu’il énonçait. Aussi véritable fut cette vérité, elle ne s’accordait pas à Drassyr, et Drassyr en riait toujours, à s’en damner. Un conteur doit en effet laisser une empreinte morale sur son conte, il s’agit d’une règle inébranlable. Ou bien, le conte disparaît, comme l’homme redevient poussière, comme Ariesten pourrait s’écrouler sur Terre. Et Drassyr n’était pas un homme à la morale exemplaire. Pourtant, c’était bien lui qui éduquait les enfants en racontant des histoires. Alors oui, cette situation était grotesque, terriblement… Grotesque. Autant que l’histoire de l’ours.

Ce rapport avec la mort fascinait le tatoué, pourquoi Azaan voulait-il tant la connaître et l’embrasser ? Ne ferait-il pas mieux de la fuir, comme le reste de l’humanité ? Drassyr se questionna, question qui le fit sourire de toutes ses dents. C’était comme cette idée : il cherchait la mort, mais ne souhaitait qu’un enfermement quant à l’élément maudit qui l’avait empoisonné. Si cela ne tenait qu’à Drassyr, il pourrirait ce genre de terroriste affective des pieds à la tête, petit à petit, en silence et avec la plus humble des satisfactions. Ce qui le freinait d’en arriver là était une de ses règles mais aussi Azaan. On ne change pas le destin de l’un pour le confort de l’autre. Et Azaan ne lui pardonnerait pas, aussi étrange cette pensée fut-elle.

« Exténué, fatigué, blessé, écroulé, débordé, désespéré. Il suffit alors de passer le flambeau à un autre, lorsqu’on n’arrive à tout régler. »

Sous-entendu à part, il ne répondit pas sur sa remarque quant à Camila. Certes, elle avait été neutre, mais pour Drassyr, elle était aussi humaine qu’un autre. On prend forcément un parti, on raconte ce que l’on veut raconter. Mais il omit bien de faire cette remarque désobligeante : il y a une différence entre la franchise et la méchanceté gratuite. Azaan n’était pas en état de supporter cette dernière habituelle au conteur.

Puis il l’écouta. Une seule remarque causant du désarroi lui vint à l’esprit : Azaan aurait été un horrible conteur. Si l’ironie perçait dans la moindre parcelle de ses métaphores, la tristesse pesante saupoudrait le tout et le rendait immangeable. Immangeable pour la majorité, pas pour notre fasciné. Drassyr étira un petit sourire en coin, gardant le silence. Camila lui avait donné la même version, avec bien moins… D’images.

« Tu es un conteur… Eh bien… Particulier. »

Son sourire s’étira, puis une idée germa dans son esprit.

« J’ai envie de faire du camping. Tu viens ? »

Il passa du coq à l’âne, la première impression pouvant se traduire par un manque total de tact. C’était le cas. Il ne se fichait pas d’Azaan et de ses histoires, il avait juste quelque chose en tête, quelque chose qui le grignotait et qui concernait l'ours. Lorsque Drassyr a une idée, il est intenable et malsain à souhait. Le conteur se leva donc, d’un seul mouvement, moquerie surfaite vis-à-vis de l’état physique de l’ours. Il attrapa un sac dans lequel trônait du matériel de voyage et le porta à son épaule.

« On y va. Maintenant. »

Un ton aussi délicat que ne laissant place à l’opposition s’extirpa de ses lèvres toujours souriantes. Drassyr n’avait pas le tact d’un homme. Il ne se considérait pas humain, de toute façon, détraqué qu’il est.






Pv Azaan






HS Désolée du temps de réponse, c'est hardcore en ce moment :s Et c'est court mais je ne peux pas faire plus long TT
On ne tente pas, on fait du camping ! [Pv Drassyr]
Invité
Dim 20 Mar - 11:05
La première phrase de Drassyr le fit tiquer. Laisser un autre faire les choses à sa place ? Plutôt crever. Ça avait failli être le cas, d'ailleurs. C'était sa faute, il n'allait pas demander à quelqu'un de réparer ses erreurs à sa place. On l'avait bien plus éduqué dans la débrouillardise que dans l'assistanat, et la frontière entre la demande de service et le laisser-aller lui paraissait tellement fine qu'il ne préférait pas en tester les contours. Ses parents lui avaient proposé une aide, elle serait peut-être bien suffisante ne serait-ce qu'à cause de sa rareté. Il ne préféra cependant pas l'évoquer. Que son père ait enfin rompu le silence après onze ans de mépris lui semblait être un détail bien trop intime, même pour le raconter à Drassyr. Et puis il ne savait pas encore trop quoi en penser, ni ce qu'il ressentait vis à vis de cette nouveauté pourtant plus que positive. Même si ce n'était que sur un plan juridique, pour le moment, du moins il ne pouvait pas le voir comme une démonstration affective. Et pourtant, cette vision idéaliste du père devait bien lui venir de quelque part ? La mémoire, cette machine merveilleuse qui peut faire avancer le moteur de votre cerveau dans un ciel parfaitement clair et pourtant vous occulter toute une partie du paysage par une brume sombre et épaisse sans pour autant que cela vous gêne en quelque point que ce soit. Un jour il se pencherait sur la question, mais pas celui-là. Un autre, plus lointain, moins encombré de mauvaises sensations. Moins nauséeux.

Il n'était donc pas question pour l'instant de laisser Drassyr prendre en mains quoi que ce fût en son nom. Il avait une confiance aveugle en ce qu'il pourrait faire, là n'était pas la question, c'était plutôt là tout le problème. Il faudrait qu'il apprenne à se faire confiance à lui-même plutôt que toujours aux autres. Il avait fait la preuve qu'il était un père execrable, à lui de montrer qu'il pouvait être un futur ex-mari au-delà des bornes du supportable pour un humain, même aussi abject que l'était Shaya. Et pour ça, étrangement, tout le monde lui faisait pleinement et entièrement confiance même si par ailleurs personne ne semblait parier en temps normal sur une quelconque attitude méchante de sa part. Comme quoi, être un chieur impliquait toutes sortes de qualités et de défauts parfois parfaitement incompatibles, le simple fait d'être un chieur permettait de les rendre inégalablement imbricables et indispensables l'une à l'autre. Il avait bien entendu pensé à la capacité de son ami à putréfier un corps, mais il ne voulait pas rentrer dans ces solutions de facilité qui ne causeraient de toute façon que plus de problèmes encore. Maintenant que l'attention était sur Shaya, on ne pouvait pas se permettre de la faire disparaître à partir de là, comme on ne pourrait se le permettre de le faire plus tard. Il aurait fallu le faire bien plus tôt, s'ils n'avaient eu aucune conscience morale et s'ils avaient eu un plan pour maquiller la chose. Quoi qu'il puisse arriver, on en revenait toujours au même point : tout aurait été plus simple si seulement cette trouillarde avait décidé d'en finir toute seule avec la vie sans pour autant flinguer la vie de tout ce qui se trouvait autour d'elle. Certes, Brume aurait eu à porter toute sa vie le fardeau du suicide de sa mère, mais elle aurait eu toute une famille pour combler le manque d'amour d'une mère qu'elle sentait malgré tout du haut de ses quatre ans. Même si devoir être élevée par son père uniquement aurait pu relever de la mauvaise nouvelle. Un indice : ce n'était absolument pas le nombre d'heures de travail colossales, le problème, bien au contraire. Quel genre d'éducation aurait pu avoir une fille élevée par un homme prêt à littéralement arracher un bras au premier qui l'aurait fait pleurer et qui lui aurait bien plus appris à grimper aux arbres qu'à mettre des chaussures coordonnées avec son sac et son écharpe, parce qu'admettons-le, les goûts d'Azaan en matière d'esthétique vestimentaire se résumait au noir, éventuellement au gris dans les jours de grande fantaisie, et de toute façon même s'il savait parfaitement faire la différence entre moult accessoires féminins, il préférait faire semblant de ne pas le savoir pour se faire entendre dire qu'il n'y comprenait rien ? Ouais, décidément, c'était pas gagné pour Brume, ses deux parents présentaient chacun un handicap. Variable, certes, mais c'était bien la variété la seule chose qu'on ne pouvait pas leur reprocher.

Il avait improvisé ce conte sans vraiment savoir dans quelle direction il irait, il s'était contenté de dérouler le fil de ses pensées en faisant ce qu'il savait faire de mieux : donner dans le sarcasme. Ah pour ça, il était champion de l'improvisation, c'était son gagne-pain, après tout. Il les sortait parfois sans même les calculer par la force de l'habitude, se rendant compte à certains moments où il allait finir alors même qu'il ne savait plus où il avait commencé. Il parvenait heureusement à oublier ces réflexes dans certaines occasions, mais ils reprenaient souvent le dessus aux moments où les gens s'y attendaient le moins, y compris lui-même. C'était comme un toc, un genre de syndrôme de Gilles de la Tourette qui attirait beaucoup moins la compassion et en nettement moins reconnu par la profession, ce qui était dommage, il aurait bien aimé pouvoir se faire rembourser par la sécu à chaque intervention à la radio. Il aurait mis le gouvernement sur la paille mais pour sûr, il aurait été riche ; ce qu'il aurait fait de tout cet argent, il ne le savait pas, il avait déjà un mal fou à savoir ce qu'il pouvait faire de son revenu somme toute modeste mais amplement suffisant pour ses besoins, surtout depuis qu'il savait qu'il allait être seul, ou presque. Mais c'étaient des détails triviaux auxquels il n'avait absolument pas envie de penser. Il se posa un instant la question de s'il aurait pu écrire un conte correct s'il avait eu le temps de le préparer à l'avance, mais la réponse était bien évidemment que quoi qu'il puisse faire ça n'atteindrait jamais le niveau de son ami, car après tout, à chacun son métier, n'est-ce pas ?

« Disons que je serai meilleur en vieux tapis pour écouter tes contes au coin du feu. »

A peine sa réponse terminée, une invitation aussi impromptue qu'une poignée de cheveux sur la soupe franchit le silence pour parvenir jusqu'à ses oreilles d'ours qu'il crut un moment un peu dures de la feuille. Du camping ? Il était sérieux ? Quelle question ! Bien sûr que non, Drassyr n'était pour ainsi dire jamais sérieux, mais il savait proposer avec beaucoup d'aplomb et de conviction de faire des choses parfaitement folles et incohérentes avec la situation ; on pouvait donc l'affirmer sans hésiter, Drassyr n'était jamais sérieux dans le premier sens du terme mais pour autant combien de fois pouvait-on lui répéter cette question adjectivale dans le second sens du terme, celui qui n'impliquait pas le moins du monde une quelconque attitude de vieux monsieur aigri ou de papa qui ne sait plus s'amuser ! Si la proposition paraissait séduisante, partir à l'aventure avec son vieil ami le temps de quelques jours, de son congé, et oublier que la ville existait encore quelque part sur cette île... Oui, mais les sutures ? Certes, cela ne pouvait pas véritablement poser problème de prime abord, beaucoup de gens partaient faire de nombreuses activités en plein air malgré divers types de blessures. Il suffisait d'avoir une bonne trousse à pharmacie, de quoi désinfecter, refaire un pansement... Ce dont doutait fortement Azaan en voyant Drassyr prendre son sac avec autant de rapidité, c'est que ce dernier ait pensé un seul instant à ce point pourtant crucial. Déjà qu'il semblait bien vouloir lui rappeler qu'il n'était pas capable de sauter partout comme un zébulon...

Le fixant toujours de ses yeux noirs, il se redressa et appuya son dos contre le dossier de la chaise, la main sur son côté douloureux en grognant légèrement.
« Ouah, dormir par terre avec le bide dans cet état ? Quelle idée de génie... Tu m'appelles quand t'en as d'autres, des comme ça ? Je suis curieux de voir jusqu'où ton sadisme te mènera pourvu que je reste sur le carreau. »

Un moment de silence pendant lequel le plantigrade humanisé le dévisagea d'un regard qui aurait pu paraître hostile pour toute personne qui ne l'aurait pas connu. Azaan portait ces expressions de prédateur qui guette une proie comme des stigmates de sa condition d'hybride : rien n'était jamais le signal d'une attaque imminente, pourtant il ne savait pas dévisager les gens autrement. Tout comme il ne savait pas sourire. Mais c'était peut-être encore bien plus induit par son caractère de sale gosse sans état d'âme.

« Et t'as combien de trousses de secours, dans ton barda improvisé, Indiana Johnes ? Je te rappelle que je suis encore sous le diktat du médical, tu sais : Au nom du scalpel, du fil et du saint Habit, Amen. Notre chir' qui êtes au bloc E, que vos points soient serrés, que votre suture soit nette. Désinfectez-nous aujourd'hui, terrassez à coups de médicaments, et pardonnez-nous nos erreurs comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont plantés. Assurez-nous une bonne cicatrisation et délivrez-nous de l'abstinence et au bide du mal. Amen. »

Il se releva avec difficulté et non sans une grimace de douleur de sa chaise et domina le semi-chauve de toute sa hauteur. Ça faisait du bien de se rappeler qu'on avait la dégaine d'un épouvantail en période de grand vent.

« Je suppose que ça ne te dérangera pas si je prends quelques affaires au passage. Quitte à devoir crever en pourrissant de l'intérieur, autant que ça ne soit pas à cause d'une infection, hein ? Même si je me doute bien que tu trouverais fascinant le fait de me voir crever d'une façon aussi débile. »
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